La dîme de tout Imprimer Email
Écrit par Mickaël Berreby   

« Béni soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains ! Et Abram lui donna la dîme de tout » (Genèse 14:20).

Un sujet délicat

La vente d'indulgences, patronnée par le souverain pontife pour rénover Saint-Pierre de Rome, provoqua la divulgation de quatre-vingt-quinze thèses sur « la vertu des indulgences », adressées le 31 octobre 1517 à l'archevêque de Mayence par Luther. La version moderne de cette arnaque « chrétienne » s’infiltre sous l’enseignement de la prospérité, de l’abondance et de la semence.

Certains enseignent qu’il faut « semer » pour moissonner la bénédiction matérielle. S’agit-il d’un principe réellement biblique ?

«  Si quelqu’un enseigne de fausses doctrines… il est enflé d’orgueil, il ne sait rien, il a la maladie des questions oiseuses et des disputes de mots, d’où naissent l’envie, les querelles, les calomnies, les mauvais soupçons, les vaines discussions d’hommes corrompus d’entendement, privés de la vérité, et croyant que la piété est une source de gain » (1 Timothée 6:3-5).

Parler d’argent comporte un risque de quiproquo dû aux malversations, aux commerces et aux nombreux détournements de l’histoire. Puisque l’Evangile est gratuit, quelle place l’argent occupe-t-il dans la vie d’un croyant ? Est-il supposé soutenir l’œuvre de Dieu et sous quelle forme ? Est-ce une exigence ? Cela a-t-il un effet sur sa vie spirituelle ? L’argent étant une nécessité vitale pour chacun, il est aux yeux de beaucoup le moyen par lequel les choses progressent. Ainsi s’imagine-t-on qu’une œuvre prospère et bénie est celle qui génère des fonds et s’élance dans de nouveaux projets grandioses. Jésus ordonne de « donner gratuitement » (Matthieu 10:8). C’est donc le devoir des serviteurs. Paul parlait « d’offrir gratuitement l’Evangile qu’il annonçait » (1 Corinthiens 9:18).

Ce choix d’annoncer gratuitement était un abaissement (2 Corinthiens 11:7). Il aurait pu avoir une approche pragmatique sans pour autant pécher. N’affirmait-il pas : « Tout ouvrier mérite un salaire » (1 Timothée 5:18) ? N’avait-il pas dépouillé d’autres églises pour aider les Corinthiens (2 Corinthiens 11:8) ?

Certains prônent l’indigence, le dénuement et la médiocrité. D’autres assimilent la bénédiction à la prospérité matérielle.

Ni l’une ni l’autre de ces thèses n’est conforme à la Parole. Le précepte de la pauvreté est aussi erroné que celui de l’opulence. L’Ecriture ne préconise ni l’un ni l’autre de ces postulats. Elle somme de ne pas « se livrer à l’amour de l’argent… » (Hébreux 13:5), car le fruit — c’est-à-dire l’homme intérieur — ne peut venir à maturité chez celui qui se confie dans ce qu’il possède, puisque la séduction des richesses étouffe la Parole. Mettre sa confiance dans un patrimoine, c’est la soustraire au Seigneur.

L’histoire d’Ananias et de Saphira réprouve la dissimulation. Ils avaient trompé le Saint-Esprit en recelant ce qu’ils ne souhaitaient pas céder (Actes 5:1-5).

Il ne s’agit pas de ce que l’on donne, mais comment on le donne, dans quelle attitude de cœur. Paul déclare : « que celui à qui l’on enseigne la Parole fasse part de tous ses biens à celui qui l’enseigne» (Galates 6:6).

Ce que l’on donne exprime que l’on s’est donné au Seigneur et que tout lui appartient. Jésus demande à celui qui veut être parfait avant de venir et de le suivre, de tout vendre et de le donner aux pauvres (Matthieu 19:21).

Un trésor dans le ciel

Une mise en garde est adressée par l’apôtre à ceux qui veulent s’enrichir. Ils tombent dans la tentation, dans le piège de désirs absurdes qui plongent dans la débauche (cf. 1 Timothée 6:9).

Eloigné d’un intérêt avare, le serviteur sait que le ministère n’est pas une source lucrative. Le gain honteux conduit à la dissipation.

« La vie d’un homme ne dépend pas de ses biens… » (Luc 12:15).

Quand Jésus demande de ne pas s’amasser des trésors sur la terre, il rappelle que, sur la terre, la teigne et la rouille détruisent, les voleurs percent et dérobent. Il ordonne de s’amasser des trésors dans le ciel, car là où est notre trésor, là sera notre cœur.

Si notre trésor est « dans le ciel », notre cœur y sera. En se détachant des choses passagères, on s’amasse un trésor dans le ciel et l’on devient « riche pour Dieu » (cf. Luc 12:21). L’apôtre Pierre était riche pour Dieu, pauvre pour ce monde. Il déclara n’avoir ni argent ni or. Ce qu’il donna au paralytique fut la guérison au nom de Jésus. Quand Simon voulut offrir à Jean et à Pierre de l’argent afin de recevoir la puissance de l’Esprit, Pierre lui déclara : « que ton argent périsse avec toi ». C’est que le don de Dieu ne s’acquérait pas à prix d’argent. L’apostolat n’a rien à voir avec le gain.

Paul qui n’a désiré ni argent ni or enseigna à Timothée que l’amour de l’argent est la racine de tous les maux (1 Timothée 6:10). Dans les derniers jours, les hommes égoïstes seront « amis de l’argent » (2 Timothée 3:2).

La prospérité accompagnait Joseph quand il résidait dans la maison de son maître en Egypte, parce que l’Eternel était avec lui (Genèse 39:2). Comme il faisait foisonner ce que Joseph entreprenait, Dieu veut que nous prospérions en Lui (3 Jean 2).

Pourquoi la dîme ?

C’est à Melchisédek, sacrificateur du Dieu Très-Haut, qu’Abram donna la dîme de tout. Ayant été béni par Melchisédek, Abram témoigna de sa volonté absolue de glorifier Dieu. Il en résulta la promesse divine :

« Je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande (1) ».

Attendu que Melchisédek est sacrificateur pour toujours, le principe de la dîme subsiste, et l’ordre de Melchisédek, associé au Dieu Très-Haut, est valable  à perpétuité.

Quand Jacob implora la protection divine (du pain à manger et des vêtements pour se vêtir), avant de s’en aller au pays des fils de l’Orient, il s’engagea à donner la dîme de tout ce que l’Eternel lui donnerait (2). Son vœu changea la ville de Luz en Béthel, la Maison de Dieu. Dans le Lévitique, on apprendra que la dîme de la terre, des récoltes des fruits et des arbres, appartient à l’Eternel. Il en fut ainsi du gros et du menu bétail (3). L’usage était attribué aux fils de Lévi pour le service qu’ils faisaient dans la tente d’assignation. Les Lévites devaient, à leur tour, prélever la dîme de la dîme pour l’offrir à l’Eternel. L’offrande était donnée au sacrificateur Aaron (Nombres 18:28). Les holocaustes, les offrandes, les prémices et les sacrifices sont différents des dîmes qui, elles, appartiennent d’office à Dieu.

Où donner sa dîme ?

C’est là où réside son nom. L’intime conviction du juste usage de ce que l’on donne doit inspirer celui qui donne. Spirituellement parlant, c’est dans l’œuvre de Dieu en général : l’assemblée, la communauté, l’oeuvre où l’on sait qu’il sera fait une utilisation déférente de la dîme (cf. Deutéronome 12:11). L’acte de « lever la dîme » (Deutéronome 14:22) est une gratitude à l’égard du Dieu qui pourvoit. Ce n’est pas une loi austère, mais le témoignage de la reconnaissance face à la bonté de Dieu.

Par la foi

Caïn fit une offrande des fruits de la terre, mais son cœur n’était pas droit (4). Nous le voyons avec la pauvre veuve qui mit deux petites pièces, faisant un quart de sou, au sujet de laquelle Jésus déclara qu’elle avait donné plus que ceux qui avaient mis de l’argent dans le tronc. Ils avaient mis de leur superflu. La pauvre veuve avait mis de son nécessaire, tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre (5). Nous ne commençons à donner réellement que quand le nécessaire est utilisé. Jésus constatait que les riches « avaient mis de leur superflu » dans le tronc. Si Paul précise que nous ne devons pas « pour soulager les autres nous exposer à la détresse », notre superflu doit pourvoir à leurs besoins (2 Corinthiens 8:13).

Si l’Eternel posa un regard favorable sur Abel, c’est qu’il connaissait la disposition d’Abel. Selon Hébreux 11:4, le sacrifice plus excellent d’Abel par rapport à celui de Caïn s’explique par sa foi. Cette foi le déclara juste. Cette foi fait parler Abel quoique mort. Quand nous donnons, la foi est nourrie par une ferveur intense. C’est l’autel qui sanctifie l’offrande. L’offrande n’est rien en elle-même, mais son usage la sanctifie. Si ce que nous donnons est sincèrement offert à Dieu, ce que nous donnons est sanctifié par Dieu. Ne pas servir Dieu avec joie expose à servir l’ennemi avec douleur (Deutéronome 28:47). Exode 25:2 stipule que ce qui est donné doit l’être « de bon cœur ». La dédicace de la maison de Dieu, la célébration de la fête des pains sans levain devait s’accomplir avec joie.

Nous puiserons avec joie aux sources du salut si, avec joie et simplicité de cœur, nous accomplissons notre course. La façon de donner et la nature du don varient selon les circonstances de nos vies (Deutéronome 14:25).

Les pauvres en Dieu

Donner à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve pour qu’ils se rassasient, est agréé par Dieu (Deutéronome 26:12). Malachie invite à donner à l’Eternel pour qu’il y ait de la nourriture dans sa maison (6).

Les richesses étouffent la Parole et rendent l’entrée dans le royaume difficile à celui qui en est l’esclave. C’est une séduction érodant la conscience.

Luc 1:53 rappelle que Dieu « a renvoyé les riches à vide ». Ils ont leur consolation de leur vivant, mais ne sont pas riches pour Dieu.

Un jour, les véritables richesses seront confiées à ceux qui auront été fidèles dans les richesses injustes (Luc 16:11). C’est ce que comprendra le chef des publicains Zachée qui reçut Jésus avec joie. Il modifia sa gestion quand le salut entra dans sa maison. Il comprit que le cupide est un idolâtre (Ephésiens 5:5, Colossiens 3:5).

Pour ceux qui disposent de peu, l’attitude du cœur produira l’abondance. Même la pauvreté profonde peut se transformer en abondance. N’avons-nous pas été enrichis par la pauvreté de celui qui, ayant été riche, s’est fait pauvre pour nous ? Ce que nous possédons ne nous appartient pas. Nous ne nous appartenons pas nous-mêmes. Jacques écrivait aux fortunés : « vos richesses sont pourries… » (Jacques 5:2).

Il affirme que « le riche se flétrira dans ses entreprises… » (Jacques 1:11). En une seule heure, la richesse de Babylone, la grande ville vêtue de lin, de pourpre et d’écarlate, parée d’or, de pierres précieuses et de perles, a perdu toutes ses richesses. Achetons du Seigneur « de l’or éprouvé par le feu, afin de devenir riche… » (Apocalypse 3:18). Si Jésus avertit que nul ne peut servir deux maîtres, c’est que ce malentendu subsiste (Matthieu 6:24). Paul précise que la libéralité ne doit pas être un « acte d’avarice » (2 Corinthiens 9:5). Est-il possible que certains donnent par avarice ? Il demande à Timothée de susciter chez les riches de la générosité (1 Timothée 6:18).

Un Dieu d’abondance

Dieu donne la rosée du ciel, la graisse de la terre, du blé et du vin en abondance. Les riches du présent siècle ne doivent pas être hautains et mettre leur espérance dans l’argent, mais en Dieu qui a choisi les pauvres aux yeux du monde pour qu’ils soient riches en la foi. Le psalmiste priait que Dieu incline son cœur vers ses préceptes et non vers le gain (Psaumes 119:36). Un piège est tendu à l’âme de celui qui se livre à la cupidité. Celui qui est avide de gain trouble sa maison. Jésus envoya les siens et leur spécifia de ne prendre ni argent ni or, ni monnaie dans leurs ceintures, ni bâton, ni sac, ni pain, et de ne pas prendre deux tuniques. Il les voulait dépendants de Dieu.

Le principe demeure, bien que les circonstances aient changé. C’est le principe de la dépendance de Dieu.

Ceux qui sont « possédés » par l’amour de l’argent s’égarent loin de la foi et se jettent dans bien des vexations.

« Ce n’est pas à prix d’argent que vous serez rachetés » (Esaïe 52:3).

1 Genèse 15:1
2 Genèse 28:22
3 Lévitique 27:30 et 32
4 Genèse 4:3
5 Marc 12:44
6 Malachie 3:10

Source: Fondation Mayane. (mayane.org).

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Le Dr Berreby est Docteur en Théologie et membre du Conseil Doctoral de la Faculté Réformée Américaine. Il exerce essentiellement un ministère d'enseignement en France avec la Fondation Mayane.



 

A Méditer

La Parole de Dieu n'est point pour nous apprendre à babiller, pour nous rendre éloquents et subtils mais pour réformer nos vies. (Jean Calvin).

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