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« Béni
soit le Dieu Très-Haut, qui a livré tes ennemis entre
tes mains ! Et Abram lui donna la dîme
de tout » (Genèse 14:20).
Un sujet délicat
La vente d'indulgences, patronnée
par le souverain pontife pour rénover Saint-Pierre de Rome,
provoqua la divulgation de quatre-vingt-quinze thèses sur « la
vertu des indulgences », adressées le 31 octobre
1517 à l'archevêque de Mayence par Luther. La version
moderne de cette arnaque « chrétienne »
s’infiltre sous l’enseignement de la prospérité, de
l’abondance et de la semence.
Certains enseignent qu’il faut
« semer » pour moissonner la bénédiction
matérielle. S’agit-il d’un principe réellement
biblique ?
« Si quelqu’un
enseigne de fausses doctrines… il est enflé d’orgueil, il
ne sait rien, il a la maladie des questions oiseuses et des disputes
de mots, d’où naissent l’envie, les querelles, les
calomnies, les mauvais soupçons, les vaines discussions
d’hommes corrompus d’entendement, privés de la vérité,
et croyant
que la piété est une source de gain » (1
Timothée 6:3-5).
Parler d’argent comporte un
risque de quiproquo dû aux malversations, aux commerces et aux
nombreux détournements de l’histoire. Puisque
l’Evangile est gratuit, quelle place l’argent occupe-t-il dans la
vie d’un croyant ? Est-il supposé soutenir l’œuvre
de Dieu et sous quelle forme ? Est-ce une exigence ? Cela
a-t-il un effet sur sa vie spirituelle ? L’argent étant
une nécessité vitale pour chacun, il est aux yeux de
beaucoup le moyen par lequel les choses progressent. Ainsi
s’imagine-t-on qu’une œuvre prospère et bénie est
celle qui génère des fonds et s’élance dans de
nouveaux projets grandioses. Jésus ordonne de « donner
gratuitement » (Matthieu 10:8). C’est donc le devoir des
serviteurs. Paul parlait « d’offrir gratuitement
l’Evangile qu’il annonçait » (1 Corinthiens
9:18).
Ce choix d’annoncer gratuitement
était un abaissement (2 Corinthiens 11:7). Il aurait pu avoir
une approche pragmatique sans pour autant pécher.
N’affirmait-il pas : « Tout ouvrier mérite
un salaire » (1 Timothée 5:18) ? N’avait-il
pas dépouillé d’autres églises pour aider les
Corinthiens (2 Corinthiens 11:8) ?
Certains prônent
l’indigence, le dénuement et la médiocrité.
D’autres assimilent la bénédiction à la
prospérité matérielle.
Ni l’une ni l’autre de ces
thèses n’est conforme à la Parole. Le précepte
de la pauvreté est aussi erroné que celui de
l’opulence. L’Ecriture ne préconise ni l’un ni l’autre
de ces postulats. Elle somme de ne pas « se livrer à
l’amour de
l’argent… » (Hébreux 13:5), car le fruit —
c’est-à-dire
l’homme intérieur —
ne peut venir à maturité chez celui qui se confie dans
ce qu’il possède, puisque la séduction des richesses
étouffe la Parole. Mettre sa confiance dans un patrimoine,
c’est la soustraire au Seigneur.
L’histoire d’Ananias et de
Saphira réprouve la dissimulation. Ils avaient trompé
le Saint-Esprit en recelant ce qu’ils ne souhaitaient pas céder
(Actes 5:1-5).
Il ne s’agit pas de ce que l’on
donne, mais comment on le donne, dans quelle attitude de cœur. Paul
déclare : « que
celui à qui l’on enseigne la Parole fasse part de tous ses
biens à celui qui l’enseigne» (Galates
6:6).
Ce que l’on donne exprime que
l’on s’est donné au Seigneur et que tout lui appartient.
Jésus demande à celui qui veut être parfait avant
de venir et de le suivre, de tout vendre et de le donner aux pauvres
(Matthieu 19:21).
Un trésor dans le
ciel
Une mise en garde est adressée
par l’apôtre à ceux qui veulent s’enrichir. Ils
tombent dans la tentation, dans le piège de désirs
absurdes qui plongent dans la débauche (cf. 1 Timothée
6:9).
Eloigné d’un intérêt
avare, le serviteur sait que le ministère n’est pas une
source lucrative. Le gain honteux conduit à la dissipation.
« La vie d’un homme
ne dépend pas de ses biens… » (Luc 12:15).
Quand Jésus demande de ne
pas s’amasser des trésors sur la terre, il rappelle que, sur
la terre, la teigne et la rouille détruisent, les voleurs
percent et dérobent. Il ordonne de s’amasser des trésors
dans le ciel, car là où est notre trésor, là
sera notre cœur.
Si notre trésor est « dans
le ciel », notre cœur y sera. En se détachant des
choses passagères, on s’amasse un trésor dans le ciel
et l’on devient « riche pour Dieu » (cf. Luc
12:21). L’apôtre Pierre était riche pour Dieu, pauvre
pour ce monde. Il déclara n’avoir ni argent ni or. Ce qu’il
donna au paralytique fut la guérison au nom de Jésus.
Quand Simon voulut offrir à Jean et à Pierre de
l’argent afin de recevoir la puissance de l’Esprit, Pierre lui
déclara : « que
ton argent périsse avec toi ».
C’est que le don de Dieu ne s’acquérait pas à prix
d’argent. L’apostolat n’a rien à voir avec le gain.
Paul qui n’a désiré
ni argent ni or enseigna à Timothée que l’amour de
l’argent est la racine de tous les maux (1 Timothée 6:10).
Dans les derniers
jours, les
hommes égoïstes seront « amis de l’argent »
(2 Timothée 3:2).
La prospérité
accompagnait Joseph quand il résidait dans la maison de son
maître en Egypte, parce que l’Eternel était avec lui
(Genèse 39:2). Comme il faisait foisonner ce que Joseph
entreprenait, Dieu veut que nous prospérions en Lui (3 Jean
2).
Pourquoi la dîme ?
C’est à Melchisédek,
sacrificateur du Dieu Très-Haut, qu’Abram donna la dîme
de tout. Ayant été béni par Melchisédek,
Abram témoigna de sa volonté absolue de glorifier Dieu.
Il en résulta la promesse divine :
« Je suis ton bouclier,
et ta récompense sera très grande (1)
».
Attendu que Melchisédek est
sacrificateur pour toujours, le principe de la dîme subsiste,
et l’ordre de Melchisédek, associé au Dieu Très-Haut,
est valable à perpétuité.
Quand Jacob implora la protection
divine (du pain à manger et des vêtements pour se
vêtir), avant de s’en aller au pays des fils de l’Orient,
il s’engagea à donner la dîme de tout ce que l’Eternel
lui donnerait (2).
Son vœu changea la ville de Luz en Béthel, la Maison de Dieu.
Dans le Lévitique, on apprendra que la dîme de la terre,
des récoltes des fruits et des arbres, appartient à
l’Eternel. Il en fut ainsi du gros et du menu bétail (3).
L’usage était attribué aux fils de Lévi pour
le service qu’ils faisaient dans la tente d’assignation. Les
Lévites devaient, à leur tour, prélever la dîme
de la dîme
pour l’offrir à l’Eternel. L’offrande était
donnée au sacrificateur Aaron (Nombres 18:28). Les
holocaustes, les offrandes, les prémices et les sacrifices
sont différents des dîmes qui, elles, appartiennent
d’office à Dieu.
Où donner sa dîme
?
C’est là où réside
son nom. L’intime conviction du juste usage de ce que l’on donne
doit inspirer celui qui donne. Spirituellement parlant, c’est dans
l’œuvre de Dieu en général : l’assemblée,
la communauté, l’oeuvre où l’on sait qu’il sera
fait une utilisation déférente de la dîme (cf.
Deutéronome 12:11). L’acte de « lever la dîme »
(Deutéronome 14:22) est une gratitude à l’égard
du Dieu qui pourvoit. Ce n’est pas une loi austère, mais le
témoignage de la reconnaissance face à la bonté
de Dieu.
Par la foi
Caïn fit une offrande des
fruits de la terre, mais son cœur n’était pas droit (4).
Nous le voyons avec la pauvre veuve qui mit deux petites pièces,
faisant un quart de sou, au sujet de laquelle Jésus déclara
qu’elle avait donné plus que ceux qui avaient mis de
l’argent dans le tronc. Ils avaient mis de leur superflu. La pauvre
veuve avait mis de son nécessaire, tout ce qu’elle
possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre (5).
Nous ne commençons à donner réellement que quand
le nécessaire est utilisé. Jésus constatait que
les riches « avaient mis de leur superflu »
dans le tronc. Si Paul précise que nous ne devons pas « pour
soulager les autres nous exposer à la détresse »,
notre superflu doit pourvoir à leurs besoins (2 Corinthiens
8:13).
Si l’Eternel posa un regard
favorable sur Abel, c’est qu’il connaissait la disposition
d’Abel. Selon Hébreux 11:4, le sacrifice plus excellent
d’Abel par rapport à celui de Caïn s’explique par sa
foi. Cette foi le déclara juste. Cette foi fait parler Abel
quoique mort. Quand nous donnons, la foi est nourrie par une ferveur
intense. C’est l’autel qui sanctifie l’offrande. L’offrande
n’est rien en elle-même, mais son usage la sanctifie. Si ce
que nous donnons est sincèrement offert à Dieu, ce que
nous donnons est sanctifié par Dieu. Ne pas servir Dieu avec
joie expose à servir l’ennemi avec douleur (Deutéronome
28:47). Exode 25:2 stipule que ce qui est donné doit l’être
« de bon cœur ». La dédicace de la
maison de Dieu, la célébration de la fête des
pains sans levain devait s’accomplir avec joie.
Nous puiserons avec joie aux
sources du salut si, avec joie et simplicité de cœur, nous
accomplissons notre course. La façon de donner et la nature du
don varient selon les circonstances de nos vies (Deutéronome
14:25).
Les pauvres en Dieu
Donner à l’étranger,
à l’orphelin et à la veuve pour qu’ils se
rassasient, est agréé par Dieu (Deutéronome
26:12). Malachie invite à donner à l’Eternel pour
qu’il y ait de la nourriture dans sa maison (6).
Les richesses étouffent la
Parole et rendent l’entrée dans le royaume difficile à
celui qui en est l’esclave. C’est une séduction érodant
la conscience.
Luc 1:53 rappelle que Dieu « a
renvoyé les riches à vide ». Ils ont leur
consolation de leur vivant, mais ne sont pas riches pour Dieu.
Un jour, les véritables
richesses seront confiées à ceux qui auront été
fidèles dans les richesses injustes (Luc 16:11). C’est ce
que comprendra le chef des publicains Zachée qui reçut
Jésus avec joie. Il modifia sa gestion quand le salut entra
dans sa maison. Il comprit que le cupide est un idolâtre
(Ephésiens 5:5, Colossiens 3:5).
Pour ceux qui disposent de peu,
l’attitude du cœur produira l’abondance. Même la pauvreté
profonde peut se transformer en abondance. N’avons-nous pas été
enrichis par la pauvreté de celui qui, ayant été
riche, s’est fait pauvre pour nous ? Ce que nous possédons
ne nous appartient pas. Nous ne nous appartenons pas nous-mêmes.
Jacques écrivait aux fortunés : « vos
richesses sont pourries… » (Jacques 5:2).
Il affirme que « le riche se
flétrira dans ses entreprises… » (Jacques 1:11). En
une seule heure, la richesse de Babylone, la grande ville vêtue
de lin, de pourpre et d’écarlate, parée d’or, de
pierres précieuses et de perles, a perdu toutes ses richesses.
Achetons du Seigneur « de l’or éprouvé par
le feu, afin de devenir riche… » (Apocalypse 3:18). Si
Jésus avertit que nul ne peut servir deux maîtres, c’est
que ce malentendu subsiste (Matthieu 6:24). Paul précise que
la libéralité ne doit pas être un « acte
d’avarice » (2 Corinthiens 9:5). Est-il possible que
certains donnent par avarice ? Il demande à Timothée de
susciter chez les riches de la générosité (1
Timothée 6:18).
Un Dieu d’abondance
Dieu donne la rosée du
ciel, la graisse de la terre, du blé et du vin en abondance.
Les riches du présent siècle ne doivent pas être
hautains et mettre leur espérance dans l’argent, mais en
Dieu qui a choisi les pauvres aux yeux du monde pour qu’ils soient
riches en la foi. Le psalmiste priait que Dieu incline son cœur vers
ses préceptes et non vers le gain (Psaumes 119:36). Un piège
est tendu à l’âme de celui qui se livre à la
cupidité. Celui qui est avide de gain trouble sa maison. Jésus
envoya les siens et leur spécifia de ne prendre ni argent ni
or, ni monnaie dans leurs ceintures, ni bâton, ni sac, ni pain,
et de ne pas prendre deux tuniques. Il les voulait dépendants
de Dieu.
Le principe demeure, bien que les
circonstances aient changé. C’est le principe de la
dépendance de Dieu.
Ceux qui sont « possédés »
par l’amour de
l’argent s’égarent loin de la foi et se jettent dans bien
des vexations.
« Ce n’est pas à
prix d’argent que vous serez rachetés » (Esaïe
52:3).
1
Genèse 15:1 2
Genèse 28:22 3
Lévitique 27:30 et 32 4
Genèse 4:3 5
Marc 12:44 6
Malachie 3:10
Source: Fondation Mayane.
(mayane.org).
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Le Dr
Berreby est Docteur en Théologie et membre du Conseil Doctoral de la Faculté
Réformée Américaine. Il exerce essentiellement un ministère d'enseignement en
France avec la Fondation Mayane.
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