Une Rencontre Bouleversante Imprimer Email
Écrit par Gilles Georgel   
Cependant Saul, respirant encore la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur, se rendit chez le souverain sacrificateur, et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes, il les amenât liés à Jérusalem. Comme il était en chemin, et qu'il approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui. Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait: Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? (Actes 9:1-4).

Texte biblique complet : Actes 9:1-19. (Disponible à la fin de l'article).

Introduction :

C’est alors qu’il avait près de 50 ans que le grand écrivain russe et athée Léon Tolstoï, après avoir lu l’Evangile, a été touché, dit-il par l’enseignement du Christ. Dès lors, témoigne-t-il, un changement complet s’est opéré en lui : j’ai cessé de désirer ce que j’avais désiré auparavant, et je me suis mis à désirer ce qui ne m’avait point attiré auparavant. Ce qui jusque-là m’avait semblé bon m’a paru mauvais, ce qui m’avait semblé mauvais m’a paru bon… Tout ce qui était à ma droite est à présent à ma gauche et tout ce qui était à ma gauche est à présent à ma droite.

Plus que le changement, selon le témoignage de Tolstoï, le mot qui, à mon sens, traduit le mieux l’expérience de la conversion (pour ceux qui, en tout cas, sont issus d’un milieu opposé ou étranger à Dieu) est le mot bouleversement. Le bouleversement est, selon le dictionnaire, plus qu’un changement ou un ajustement de la vie à de nouveaux principes. C’est un renversement, un complet désordre. C’est, dit le Larousse, mettre tout sens dessus dessous (ce qui était au-dessus est placé dessous, ce qui était au-dessous est placé dessus). Bouleverser, dit encore le Larousse, c’est renouveler totalement ce qui était en le perturbant.

S’il est bien quelqu’un que la rencontre avec le Christ a bouleversé (mis sens dessus dessous, renouveler totalement en le perturbant), c’est bien Saul de Tarse. Jamais plus, à partir de ce moment, Saul ne sera plus le même. Ce qui était jusqu’à présent à sa droite (qui comptait le plus) va se trouver à sa gauche. Ce qui était à sa gauche (était méprisable) va se retrouver à sa droite. Récit d’une rencontre bouleversante.

Rencontre bouleversante :

Qui dit rencontre et bouleversement dit obligatoirement séparation et changement de temps. La rencontre bouleversant la vie, elle la divise obligatoirement en 3 périodes la période d’avant, celle du moment de la rencontre, la période d’après. Le récit que nous avons lu ce matin n’échappe pas à cette logique.

Avant la rencontre (Versets 1 et 2).

Décrivant Saul de Tarse avant sa rencontre avec Jésus, Luc met ici l’accent sur deux points précis, liés l’un à l’autre son état d’esprit et l’initiative que cet état d’esprit a suscité en lui.

La 1ère leçon que nous enseigne ici Saul de Tarse est qu’il est impossible dans la vie d’être habité et dominé par une passion sans qu’inévitablement, celle-ci se traduise par des actes. C’est ce que nous sommes, et qui nous habite, qui inspire, commande, détermine ce que nous faisons (nos actes, notre comportement). C’est ce que nous faisons, qui mobilise notre temps, notre énergie qui révèle plus que tout ce qui nous habite. Dans quelle mesure le Christ est-Il devenu une passion pour nous ? La réponse à cette question tient dans le zèle dont je fais preuve dans ma vie pour le connaître, Le servir, vivre pour Lui et la cause qu’Il représente : le salut et le bien des hommes

La seconde leçon que nous enseigne ici Saul de Tarse est que seule la passion fait de nous des gens entièrement consacrés à la cause qui l’a inspiré. Inévitablement, la passion, parce qu’elle côtoie de près la folie, engendre tôt ou tard des actes qui, aux yeux des autres, plus modérés, peuvent passer pour extrêmes. N’oublions pas cependant que l’Evangile auquel nous croyons est tout entier bâti sur une passion et une folie : la passion du Christ et la folie de la croix (des actes extrêmes) ; que, souvent, le comportement du Christ Lui-même a été jugé comme tel par ses contemporains : Jean 2,14 à 17 ; Marc 3,21, que Jésus Lui-même a félicité les actes de folie, inspiré par l’amour pour Lui : Jean 12,3 à 8 : le parfum répandu par Marie de Béthanie. (c’est la passion de Christ pour elle qui l’a poussé à devenir à son tour passionné pour lui : Jésus lie son acte à la future passion qu’il va vivre).

Si Saul de Tarse, par sa conversion, changera de passion, il n’en perdra pas pour autant le zèle : 1 Corinthiens 4,10.

Y a-t-il dans ma vie quelque chose qui ait encore le goût de l’audace, de la passion et, un tant soit peu, de la folie pour Christ. Nous nous plaignons parfois que l’Evangile n’avance pas dans notre pays. Mais n’y a-t-il pas de notre part le souci d’un trop grand conformisme, d’un trop grand respect des convenances ou du politiquement correct pour annoncer l’Evangile ? Quelque chose qui me fait réfléchir en ce moment ! Si Jésus, Paul, Jean-Baptiste ont pu se faire entendre ou remarquer, c’est qu’ils ont tous eu, par moments, des comportements hors normes. C’est que leur passion pour Dieu les a conduit à ne pas faire dans la demi-mesure, mais dans le don entier de leur personne à la cause qu’ils servaient (comme, pour d’autres raisons, les terroristes islamiques : Dieu ne veut-il pas, à travers eux, nous donner une leçon, à nous qui sommes souvent si timorés pour Lui ? Ce qu’ils font par haine, donner leurs vies, ne sommes-nous pas nous appelés à le faire par amour ?

La rencontre : (Versets 3 à 9).

Trois récits dans le livre des actes raconte le moment précis de la rencontre qui se fit ici, sur le chemin de Damas, entre Jésus et Saul : Actes 22,3 à 21 ; 26,9 à 20. Il ressort de la comparaison de ces récits trois versions complémentaires de ce qui s’est vraiment produit :

1) L’apparition de la lumière : tous ceux qui étaient présents l’ont vu.
2) La voix qui parle : certains l’ont entendu, mais seul Saul a compris ce qu’elle disait.
3) Non seulement Saul, mais tous les hommes qui étaient avec lui sont tombés à terre.

Si l’expérience de Saul est personnelle et unique (en cela, nous voyons bien que ce qui nous est décrit dans les Actes n’est pas normatif pour tous les chrétiens, mais historique), il y a cependant dans l’expérience de la rencontre vécue entre Saul et Jésus des éléments communs à tous :

a. Saul s’est écroulé à terre. Il a perdu ce qui faisait autrefois sa force et sa belle assurance. La vie chrétienne ne peut commencer (et se poursuivre aussi) autrement que par le brisement. L’ennemi n°1 de Christ en nous est l’orgueil ou la suffisance. « Le brisement, dit Paul Bilheimer, c’est l’œuvre de Dieu qui nous amène à être libéré de toute considération de soi. » C’est une sorte d’écroulement sur nous-mêmes dans lequel tout ce qui, aux yeux des autres, faisait notre force et notre identité disparaît au profit d’un nouvel être. « Un chrétien est brisé par Dieu lorsque les autres peuvent voir en lui le coup qui lui a été mortel : W. Nee. » (Psaume 34,9 ; 51,19).

b. la remise en question, au travers de la question posée par Jésus, de ses motivations fondamentales. On ne peut rencontrer Jésus sans qu’inévitablement soient posées en nous les questions les plus fondamentales ayant trait à notre vie : son sens, les motivations qui nous animent, les raisons qui font que nous faisons ce que nous faisons… La vie chrétienne entière est une confrontation incessante et permanente entre Dieu et nous, Ses priorités et les nôtres, Ses principes et les valeurs qui sont les Siens et les nôtres… Où es-tu ? Pourquoi fais-tu cela ? Es-tu sûr que tu es sur la bonne voie ?

De même qu’ après la chute, Adam fut immédiatement confronté à Dieu au travers d’une question (Où es-tu ? Genèse 3,10), ainsi que Saul à sa conversion, nous devons nous faire à l’idée que notre vie avec Dieu sera ici-bas davantage une confrontation basée sur un questionnement qu’une vie bâtie sur des réponses toutes prêtes.

c. la prise de conscience de son péché et du jugement qui en découle. « Il te serait dur de regimber contre l’aiguillon. » « Cette façon de parler, dit un commentateur, est empruntée aux coutumes d’Orient. Le conducteur de bœufs les guide avec un long bâton flexible dont l’extrémité est garnie de fer ; s’ils n’obéissent pas, s’ils s’arrêtent dans la marche qui leur est imposée, ils se piquent à l’aiguillon et se meurtrissent eux-mêmes, aggravant leurs blessures dès qu’ils font un mouvement contraire à la bonne direction. Regimber contre l’aiguillon et une image vivante d’un homme que torture sa conscience !

L’expression employée ici par Jésus souligne à quel point Celui-ci connaît le cœur de Saul. Derrière le zèle religieux, il sait combien celui-ci est tourmenté par la conscience de ses péchés. Il sait combien il résiste à la voix qui lui dit à quel point la haine qui l’habite et l’œuvre humaine qu’il a entrepris contre les chrétiens est contraire à Dieu. C’est pourquoi Jésus lui dit, non pas : « Pourquoi persécutes-tu les chrétiens ? Mais pourquoi me persécutes-tu ? (Jésus et l’Eglise = 1).

La réflexion de Jésus à Saul est un encouragement pour nous à prier pour tous les persécuteurs religieux sincères des chrétiens pour que, ne supportant plus les reproches que leur font leurs consciences, ils en viennent à découvrir Christ, se tourner vers Lui et connaître, comme Saul de Tarse, Son pardon (talibans).

d. les ténèbres (la perte complète de repères) et la conversion (le retournement intérieur). Toute véritable conversion qui s’opère dans le cœur d’un homme autrefois opposé et ennemi de Dieu passe obligatoirement par un processus à la fois de déstabilisation et de reconstruction. Dieu arrache d’abord l’ancien avant de planter du neuf. Il renverse l’ancien fondement (fondé la plupart du temps sur les œuvres et les mérites) avant d’établir le nouveau bâti sur Christ et Christ seul. Processus difficile mais nécessaire que Paul traduira ainsi : Galates 2,20 ; Philippiens 3,7 à 9.

e. la faiblesse et la dépendance d’autrui. C’est ici l’aspect le plus net du changement qui s’est produit sur le chemin de Damas en Saul de Tarse. D’un homme fort et plein d’assurance, Saul est devenu faible, dépendant des autres pour le moindre geste. D’un homme décidé, sachant ce qu’il voulait, commandant et dirigeant les autres, Saul est devenu tributaire de l’aide des autres : comme un enfant, on doit le prendre par la main pour l’aider à marcher. D’un homme violent, effrayant pour les autres, la rencontre de Christ avec lui a fait de lui un homme faible, vulnérable, inoffensif La force de Saul ne sera, à partir de ce jour plus lui-même, mais Christ.

L’homme nouveau, nous montre la conversion de Saul, commence là où s’arrête l’ancien.

Après la question « Qui es-tu, seigneur ? », la seconde que Saul de Tarse posé est : « Que veux-tu que je fasse ? » C’est aussi celle que nous devrions tous nous poser après avoir découvert Christ. Nous verrons la prochaine fois quelle réponse Jésus a apporté à Saul!

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Gilles Georgel est pasteur évangélique en Picardie (France) et est marié à Lydia, infirmière. Il est père de cinq enfants. Il l'auteur du livre "Le Grand Visiteur", un livre d'évangélisation sur Jésus. Il est aussi l'auteur du blog chrétien de réflexion et d'apologétique "Pour que tu croies".

Références Bibliques:

Cependant Saul, respirant encore la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur, se rendit chez le souverain sacrificateur, et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes, il les amenât liés à Jérusalem. Comme il était en chemin, et qu'il approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui. Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait: Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? Il répondit: Qui es-tu, Seigneur? Et le Seigneur dit: Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. Tremblant et saisi d'effroi, il dit: Seigneur, que veux-tu que je fasse? Et le Seigneur lui dit: Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire. Les hommes qui l'accompagnaient demeurèrent stupéfaits; ils entendaient bien la voix, mais ils ne voyaient personne. Saul se releva de terre, et, quoique ses yeux fussent ouverts, il ne voyait rien; on le prit par la main, et on le conduisit à Damas. Il resta trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but. Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananias. Le Seigneur lui dit dans une vision: Ananias! Il répondit: Me voici, Seigneur! Et le Seigneur lui dit: Lève-toi, va dans la rue qu'on appelle la droite, et cherche, dans la maison de Judas, un nommé Saul de Tarse. Car il prie, et il a vu en vision un homme du nom d'Ananias, qui entrait, et qui lui imposait les mains, afin qu'il recouvrât la vue. Ananias répondit: Seigneur, j'ai appris de plusieurs personnes tous les maux que cet homme a faits à tes saints dans Jérusalem; et il a ici des pouvoirs, de la part des principaux sacrificateurs, pour lier tous ceux qui invoquent ton nom. Mais le Seigneur lui dit: Va, car cet homme est un instrument que j'ai choisi, pour porter mon nom devant les nations, devant les rois, et devant les fils d'Israël; et je lui montrerai tout ce qu'il doit souffrir pour mon nom. Ananias sortit; et, lorsqu'il fut arrivé dans la maison, il imposa les mains à Saul, en disant: Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui t'est apparu sur le chemin par lequel tu venais, m'a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli du Saint Esprit. Au même instant, il tomba de ses yeux comme des écailles, et il recouvra la vue. Il se leva, et fut baptisé; et, après qu'il eut pris de la nourriture, les forces lui revinrent. Saul resta quelques jours avec les disciples qui étaient à Damas. (Actes 9:1-19).

 

A Méditer

Nous pouvons mieux supporter l'affliction que la prospérité, car dans la prospérité nous oublions Dieu. (Dwight L. Moody).

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